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25.04.2008

Vendredi 25 avril 2008 16h40

Je veux qu’tu meures, je veux qu’tu crèves

Toi qu’es venu bouffer mon cœur

Je veux qu’tu crèves, je veux qu’tu meures

Toi qui a piétiné mes rêves

Ecrabouiller par un camion

Pulverisé par un avion

Ratatiné comme une galette

Battu à mort comme une omelette

Je veux qu’tu meures, je veux qu’tu crèves

T’as tout cassé, t’as tout Sali

T’as mis un bordel dans ma vie

J’ai plus d’espoir, j’ai plus d’famille

Casse toi tu pues, t’es qu’un pauv’con

La rage me prend, j’ai plus d’raison

Je veux qu’tu crèves, je veux qu’tu meures

Qu’tu restes bloqué dans l’ascenceur

Je veux qu’tu meures, je veux qu’tu crèves

Et j’viendrai pissé sur tes rêves

J’connais personne dans la mafia

Mais si quelqu’un f’sait ça pour moi

J’applaudirais, j’sauterais de joie

Encore une fois je veux qu’tu meures

Encore une fois je veux qu’tu crèves !

23.04.2008

Mercredi 23 avril 2008

Pour la première fois de ma vie avec toi, hier soir, j’ai eu peur. Peur de cette violence en toi qui aurait pu se concrétiser par un coup de ta part. Où allons nous ?

22.04.2008

Mardi 22 avril 2008 18h15

Autant la journée d’hier fut lumineuse, autant celle d’aujourd’hui est en harmonie avec le ciel gris, ses nuages bas et ses averses. Mon humeur s’accorde à celle de Marie-Annick et elle est morose. Sans doute est-ce la fatigue qui tombe ou les nerfs qui lâchent liés au changement de rythme. Mais peut-être est-ce le résultat d’un coup de fil (qu’elle m’affirme n’avoir pas passé alors que je l’ai vu s’éloigner dans le jardin, le téléphone collé à l’oreille) qui réveille la langueur d’une absence mal supportée. Cela vient de lui ou cela vient d’elle. Et mon cœur élastique, tendu au maximum, essaie de supporter les états d’âme de mon Ange. J’aimerais tant que ses mensonges soient la traduction de son amour pour moi et du désir de me préserver le plus possible de ce maelstrom qui la coupe en deux. La fille coupée en deux, voilà son nom aujourd’hui ! Et la lutte est intense pour recoller les morceaux, intense et impossible à gagner. Elle finira par perdre un morceau d’elle-même : vingt trois années ou deux mois de sa vie, moi ou lui puisqu’il paraît inconcevable qu’elle conserve les deux.

Je me souviens de ce premier dimanche où je suis venue chez Serge et toi. C’était peut-être un dimanche d’avril. Mon père m’avait conduit à la Gare de Lyon. Il semblait anxieux et fatigué. Je crois qu’il m’a dit pourquoi mais j’en ai perdu e souvenir. Et à cet instant, assise à côté de lui, je me suis sentie tellement proche de lui, de sa lassitude. Un sentiment adulte et fort. Mon père n’était plus mon père, il était devenu un homme avec sa fragilité et une déchirure que je percevais pour la première fois.

Lorsque je t’ai appelée de la gare de Val de Fontenay pour te demander comment arriver, je crois que tu as été surprise que je me sois décidée à venir. Comme chaque dimanche après-midi, Serge était allé répéter avec un groupe de copains. Tu étais seule, avec Julien qui jouait dans sa chambre, vêtue d’un jogging rose et d’une paire de chaussettes bleues en laine douce. Impression étrange de me retrouver dans ton univers, chez toi. Tu m’as accueillie en souriant et je suis certaine qu’à ce moment précis, mon cœur a abdiqué devant ton sourire magnifique et conquérant. Et toi, te souviens-tu de cet après-midi dans le petit salon ? Ce premier rendez-vous intime, loin de notre quotidien du lycée ? Toi, à moitié allongée sur le canapé et moi, les fesses posées au bord d’un fauteuil buvant tes paroles qui coulaient comme un ruisseau nonchalant ?

 

Mardi 22 avril 2008 18h00

Le ciel est bas, le ciel est lourd

Il prend mon cœur pour un tambour

Le ciel est bas, le ciel est lourd

Il est porté pars cent vautours

Mon cœur est rouge, mon cœur est gourd

Il est rongé par ton amour

Celui qui vient, celui qui court

Celui qui s’en va faire une tour

Loin de mes mots, loin de mes jours

Loin du cocon de notre amour

Le ciel est bas, le ciel est lourd

Il plombe ma vie et mes discours

Le ciel est bas, le ciel est lourd

Il est si bas, il est si lourd.

Mardi 22 avril 2008 11h00

Ces deux premiers jours de vacances m’ont déjà donné ce que j’attendais de deux semaines complètes : la tendresse et l’amour de mon Ange. Je sais qu’elle est toujours tenue par ce fil implacable qu’est son téléphone mais elle rit, elle est plus détendue et plus attentive à moi. Cela durera ce que ça durera mais j’en profite totalement. Hier matin, dans un demi sommeil, j’ai posé ma main sur son sexe, sur le seul con que j’aime totalement sur cette terre. Je l’ai sentie légèrement écarter ses cuisses, prêtes à accueillir mes caresses. Et j’ai arrêté ce va et vient de ma main le long de ses jambes et de son ventre, écrasée par les images de ce même sexe pénétré par un autre, un homme qui devait la remplir entièrement. J’ai eu peur de l’insignifiance du plaisir que mes doigts et ma langue pouvaient lui offrir. Tout est doute en moi, tout est remise en question. Pourtant mon désir d’elle est toujours présent et puissant. Sa demande formulée par ses lèvres gourmandes et déjà entrouvertes ont repoussées ces visions destructrices pour me laisser aller sur un continent qui est uniquement le notre. Terre féminine, douce et violente, emplie de sensations qu’aucun homme ne connaîtra jamais.

 

Pensée du jour n°4

Ne demeure pas dans le passé, ne rêve pas du futur, concentre ton esprit sur le moment présent.

Bouddha

 



20.04.2008

Dimanche 20 avril 2008 21h30

Nous sommes parties samedi midi pour rejoindre le Beaujolais. Retrouver un semblant de notre vie d’avant. Retrouver Renaud et Fabienne, se perdre dans de longs détours en voiture à a découverte de villages typiques, de points de vue uniques, de rires et de chahuts bienveillants. Un voyage à deux, mais lourd de la présence du troisième. Pour a première fois depuis qu’elle conduit, Marie-Annick a été obligée de s’arrêter  ¼ d’heure pour reprendre des forces. Quinze minutes, les sièges allongés et les pieds sur le tableau de bord. Quinze minutes de silence sa main dans la mienne. Quinze minutes comme un sas de décompression pour se retrouver. Pour la première fois aussi, Marie-Annick a été « flashée » sur la route. Le résultat fut qu’elle a continué la route en roulant près de dix kilomètres/heure en dessous de la limite autorisée. Elle le sait bien que la conduite de sa vie affective est sortie de la route mais aucun flash ne la fait ralentir malgré les blessés qu’elle laisse au bord de la route. Et je la regarde, démunie et impuissante.

Nico vient de rentrer dans notre chambre et je suis allongée sur le lit en train d’écrire. Elle me demande si elle peut lire ce que je jette sur le papier. Ma réponse est longue à venir. Si je sais qu’elle a accès à ce que j’écris, écrirais-je aussi librement ? Mais si les mots que je pose sur cette feuille pouvaient changer le chemin sur lequel elle me traîne ? Non, ma réponse est non. J’écris par désespoir mais aussi pour drainer les dernières forces qu’il me reste. Je suis dans une pirogue et je rame sans cesse pour ne pas tomber du haut des chutes du Niagara. C’est de ma vie dont il est question, de ma vie avec toi, tout contre toi. Mes bras sont tétanisés mais je rame ; ma tête est chauffée à blanc par la douleur et les larmes mais je rame sans arriver à casser le rythme de mes bras. Instinct de survie comme je ne l’avais jamais connu. Jusque là mes forces me venaient de toi, mon amour, mon assurance et mes sourires aussi. Aujourd’hui je suis seule, absolument seule.

Dimanche 20 avril 2008 19h00

Enfin ces vacances, ces trop attendues vacances de Pâques, sont arrivées. Vendredi soir a été tendu tant je m’étais perdue dans une crise intérieure de jalousie. Cette histoire me rend totalement démente. Je suis devenue incapable de réfléchir avec un tant soit peu de discernement. J’essaie de me préparer au deuil épouvantable qui se dessine mais peut-on vraiment se préparer à sa propre à sa propre mort ? Je ne peux déjà pas envisager de passer plus d’une journée loin d’elle, alors comment pourrais-je appréhender de ne plus être à côté de toi le reste de ma vie ?

18.04.2008

Vendredi 18 avril 2008 19h00

Ce soir tu avais rendez-vous pour une échographie et une mammographie. J’aurais voulu tout lâcher au boulot pour te retrouver devant le centre médical, à Paris. Je ne l’ai pas fait puisque tu as voulu être seule. Puis les doutes ont donné l’assaut de mon esprit épuisé. Et si c’était lui qui t’accompagnait à ce rendez-vous ? Lui qui t’as retrouvé dans Paris et qui sera près de toi jusqu’à la sortie de tes examens ? Premier texto à 17h55 : échographie normale. Je soupire de soulagement. 18h50 : enfin ton appel que je despérais de recevoir : mammographie sans problème. Je respire profondément. Tu m’annonces que tu rentres en taxi et voilà ma jalousie qui s’empare de cette information. Tout est confirmé. Il est venu te rejoindre en voiture et c’est lui qui va te raccompagner avant de rentrer à Boissy. Mon imagination me torture et jette une nouvelle pelletée de terre sur mon corps allongé au fond d’un trou.

En attendant ton deuxième appel je suis allée t’acheter ton eau de toilette. Un autre de nos rituels dont tu exiges à chaque échéance, qu’il soit accompli. Chaque année, tu utilises deux eaux de toilette : Shalimar de Guerlain pour l’automne et l’hiver, Eau Fraîche de Christian Dior pour le printemps et l’été. Le changement s’effectue toujours à la fin des vacances de la Toussaint et des vacances de Pâques. Je t’ai donc acheté un flacon d’Eau Fraîche et je n’ai pu résister à l’envie d’asperger le pull que je porte. Parfum tellement évocateur que j’ai fondu en larme : odeur imprégné dans un mouchoir d’enfant que tu me laissais lors de nos premières séparations forcées. Au cinéma, le procédé qui brutalement donne le sentiment d’une accélération du temps dans un sens ou dans un autre, porte sûrement un nom. C’est ce que j’ai ressenti : l’impression d’être projetée dans un tunnel temporel qui me provoque une nausée que j’ai du mal à maîtriser. Je tombe, je suis perdue !

Vendredi 18 avril 2008 8h00

Ta réponse à ma lettre de ce printemps 1985 a été le filin qui m’a ramené à la vie. Je l’ai attrapé sans réfléchir, sans imaginer, ni même essayer, qu’en le faisant nous tissions le premier fil de notre amour. Jeunes et innocentes. Toi les bras tendus, le sourire large et accueillant et moi, déboussolée par cette attention surprenante mais espérée. Quel bonheur, cet apprentissage de toi ! Nos discussions incessantes dès que nous nous retrouvions dans ton bureau où le café chaud m’attendait ! Je ne savais pas que le bonheur ou une de ces facettes pouvait se cacher dans l’image d’un petit bureau aux meubles en métal gris et vieillot dont la seule fenêtre pourvue de barreaux donnait sur une misérable cour sans attrait. Mais toi, tu trônais dans ton royaume, tu illuminais cet espace « bureaucratique » d’une lumière intense qui occultait tout ce qui n’était pas toi. C’est à cette époque que je me suis mise à boire beaucoup de café surtout les jours où je venais travailler.

Oui, aujourd’hui, mon âme est noire. Noire des coups portés depuis presque deux mois, noire des hématomes qui ne s’atténuent pas. Comme j’aimerais croire en un dieu afin de pouvoir diriger ma colère contre lui ! Mais, je ne suis pas croyante. Comme je voudrais, parfois, te détester pour que cette lancinante douleur puisse se retourner contre toi et me soulager : Mais je t’aime, plus que jamais, je t’aime. Et j’essaie de garder pour moi mon chagrin insondable, ma rage dévastatrice et ils tournent, l’un et l’autre, sans répit et sans pitié dans ma tête qui n’est plus le siège de la raison cartésienne. Et pourtant, il me suffit de te voir me sourire comme ce matin pour que toute cette lave noire et nauséabonde disparaisse et que je redécouvre l’espoir d’une aube salvatrice.

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