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05.05.2008

Lundi 5 mai 2008 18h15

La réalité de ma vie professionnelle permet à mes pleurs de rester bloqué à la limite de ma conscience. On me téléphone, on m’interpelle. On attend de moi des réponses techniques et précises. Et je me vois, comme projetée hors de mon corps, afficher un sourire, répondre et argumenter. Ce rôle là m’est plus facile à jouer que celui que j’essaie de tenir avec toi. J’ai plus d’entraînement. Mais pas un instant ton visage ne quitte mes yeux intérieurs, impression rétinienne indélébile !

Tu ne m’as pas appelée aujourd’hui avant que j’insiste par SMS et par messagerie vocale interposés. Tu es triste comme hébétée par ce déferlement de sentiment violents et passionnés dont tu es l’objet. Ce n’est pas dans une coquille que tu t’enfermes, au contraire, tu es nue et vulnérable, hypersensible et à fleur de peau. Ce serait merveilleux si tu n’avais pas abandonné le long de cette passerelle parisienne cette carapace. Avec quelle facilité tu t’es offerte aux coups de cet amour dévastateur !

J’avance dans cette nouvelle vie comme ce 19 février 2001 après ton appel me hurlant la mort de Julien, et des jumeaux. J’étais seule dans ce bureau où on m’avait laissé pour te rappeler. J’étais à la fois sonnée et pleinement consciente des conséquences de cette désolation lorsque je franchirai la porte de la maison pour vous rejoindre Flore, Lucie et toi. Cent minutes de trajet en métro et en RER pendant lesquelles je suis restée enfermée avec ma lucidité et mon hébétude, séparée physiquement de mon monde qui venait de se scratcher loin de moi. Ces cent minutes sont restées suspendues hors du temps comme une image tressautante mais immobile d’un film lorsqu’on appuie sur la touche pause d’un magnétoscope. Ou comme, ce moment imperceptible, subtil, où la balançoire s’immobilise en haut de sa courbe ascendante avant d’être à nouveau attirée par la gravité terrestre : le cœur saute un temps de son battement régulier, je crie…je tombe. Et depuis soixante et onze jours je retraverse ce boyau nauséabond. J’arrête de respirer mais j’étouffe et le tempo de mon cœur, accordé jusque là au tien, stoppe son cadencement insouciant mais vital.

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