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07.05.2008

Mercredi 7 mai 2008 19h50

Mon Ange, si tu pouvais prendre un peu soin de moi ! Je suis à bout et au bout de mes réserves. Qu’est devenu ton impatience à me retrouver le soir, le doux harcèlement de tes SMS qui me faisait accélérer le pas quitte à prendre des risques ? J’arrive, mon amour, tu m’attends et je m’envole vers toi. Ne pleure pas, mon cœur, je ne te laisse pas, jamais. Le passé m’enferme et l’avenir me terrifie. Je ne suis plus capable de vivre le présent. Des amoureux s’embrassent et je pleure. Leurs mains se cherchent et se retrouvent. Je pleure encore, endeuillée par le manque de toi. Chaque matin, depuis deux mois, je vis ta mort et notre séparation. Mais tu es bien là, mon absente, fantôme bien vivant mais que je n’arrive plus à saisir.

Mercredi 7 mai 2008 19h15

Je suis toujours dans le métro, deux heures après avoir quitté le boulot. Je ne rentrerai pas avant au moins vingt heure. Je suis sans force, anéantie. « Tu verras bien qu’un beau matin fatigué, j’irai m’asseoir sur le trottoir d’à côté » chantait Alain Souchon dans les années soixante dix. Ce soir, comme peu de fois dans ma vie, c’est ce que je désire intensément faire. Nous devons repartir tout à l’heure à Saint-Pierre et mon Nico qui est déjà rentrée, suis mes déplacements par téléphone. C’est elle qui se charge des préparatifs du départ, sans moi. J’entends sa voix emplie de sollicitude et d’attentions pour mes pérégrinations vespérales. Elle irradie une énergie que cette après-midi lui a redonnée. Ses batteries se rechargent et les miennes sont en fin de vie. Et mon dos, à nouveau, me lance. J’ai parfois peur de ne plus contrôler ces douleurs et la violence qu’elles génèrent. Mais je canalise cette mauvaise énergie en écrivant sans cesse.

Trop de bruit dans ce wagon. Je n’arrive plus à entendre les cris dans ma tête.

 

Mercredi 7 mai 2008 17h30

Plus de RER pour Paris. La circulation bloquée et impossible de rentrer à la maison. Black out sur tout ce que je côtoie. Quand ça ne veut pas, ça ne veut pas ! Sagesse populaire qui m’oblige à me mettre en attente sur tous les plans. Le temps s’étire paresseusement comme s’il voulait, lui aussi, mettre ma patience à l’épreuve. Combien de temps survit un vampire face à un crucifix ou au jour qui se lève ? Et un château de sable sous l’assaut de la marée montante ? Un être humain peut-il faire mieux lorsqu’il vient au monde ? Rester jusqu’au bout même si l’issue est connue d’avance ou alors, fuir et devancer la chute inexorable ?

Chercher une autre femme, un autre corps ou un autre amour. Substituer tes absences par une présence. Rencontres kleenex pour soigner cette grippe qui agite mes membres de tremblements. Pas de traitement efficace en vue. Il faut laisser faire les globules blancs, les laisser tranquille pour cette bataille microscopique mais sanglante. Vais-je réussir à incorporer ce virus dans mon organisme ou y laisserai-je ma peau ? Trop tôt pour le dire et aucun médecin ne pourrait se prononcer aujourd’hui. Juste attendre et vivre le moins mal possible.

 

Mercredi 7 mai 2008 8h15

Le métronome du mercredi a repris du service après ces quinze jours de vacances. Mon amour se faisait belle ce matin dans la salle de bain. Elle se prépare pour son après-midi d’amour loin, très loin de moi. Elle l’a déjà vu lundi et mardi midi mais cela nous permettra-t-il de ce retrouver un peu pour ce long week-end de cinq jours à Saint-Pierre ? Les Filles seront là aussi et je sais que ces présences légères mais impétueuses suspendront nos vaines batailles. Et après ? Après cet espoir de pause et de printemps ? Un autre week-end qui s’annonce et que je lui ai offert de passer avec lui. Je sais que c’est sur ce chemin qu’il faut que j’avance pour ne pas la faire fuir : qu’elle passe plus de temps avec lui pour que nous puissions vivre des moments de grâce et d’amour. Il va donc falloir me trouver quelque chose à faire, ne pas rester enfermée à la maison entre ce cahier et mon ordinateur. Plus je réfléchis et plus je crois que, moi aussi, il faut que je trouve quelqu’un ailleurs qui puisse m’aider à tenir pendant ses fugues. Essentiel surtout si elle l’emmène dans ma tanière de Saint-Pierre.

Moi qui n’ai jamais vraiment fait l’amour avec un homme, j’imagine des rencontres éphémères, sans conséquences, comblées d’amour physique. Pas d’amour romantique comme ce que mon Nico est en train de vivre mais un simple défoulement de mon corps tellement tendu et contracté depuis ces si longues semaines. Faire tomber la pression, lâcher prise et m’abandonner aux méandres sinueux de cette vie qui m’échappe. Me perdre pour ne pas nous perdre. Oublier ces corps impatients qui me hantent sans cesse. Envie d’un homme ou envie de trahir par où j’ai été trahie ? Ou alors rechercher la tendresse du corps d’une autre femme ? Je ne sais pas.

 

Pensée du jour n°6

"Nul ne peut atteindre l'aube sans passer par le chemin de la nuit"

Khalil Gibran



 

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