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13.05.2008

Mardi 13 mai 2008 18h00

Samedi j’ai appelé Anne à Grenoble. J’ai tellement besoin de parler de toute cette histoire à quelqu’un de confiance ! Elle m’attend le week-end du sept juin. Je l’ai sentie à l’écoute et ses paroles me permettent de me poser d’autres questions. Dois-je accepter même l’inacceptable ? Dois-je tout tolérer sans mettre de limites ?

Hier en rangeant la maison avant notre retour, les images les plus pourries se sont succédées. Nous avons changé les draps de notre lit et c’est lui qui dormira à ma place. Le lit est étroit et propice aux rapprochements des corps, mais les deux nôtres, Nico, pas le sien sur le tien. Tu as essuyée les poussières avant de recouvrir les meubles de grands linceuls blancs et roses. C’est pour lui que tu les ôteras afin de lui faire découvrir Notre maison, notre lieu de renaissance et d’énergie. Comment peux-tu vouloir tout piétiner ? QU’il crève encore et encore, qu’il crève maintenant, qu’il crève enfin !

Elle lui a envoyé par MMS chaque rose de nos rosiers, chaque fleur d’iris poussant devant la maison, chaque meuble de chaque pièce. Pense-t-elle au mal que chaque message me fait ? Est-elle seulement amoureuse ou totalement égoïste, juste préoccupée par son unique plaisir en n’essayant même pas de prendre un peu soin de moi ? Elle me dit qu’elle m’aime, qu’elle ne peut pas se passer de moi et je me transforme en paillasson sur lequel elle s’essuie les pieds avec application avant de faire rentrer chez nous ce grand con infantile et narcissique.

Mardi 13 mai 2008 9h30

C’est là, installée à demeure comme si elle était chez elle. Invitée permanente d’un sablier dont personne ne peut prévoir la fin. La fatigue lourde du corps qui ralentit tous les mouvements même les plus courants. La fatigue de l’âme qui empêche la réflexion juste et constructive. Je traîne des jambes et des idées. Je tourne en rond, prisonnière d’une cellule imaginaire. Pourtant la douleur est présente, plus ou moins fulgurante mais, elle aussi, a installé ses quartiers d’été au fond de moi.

Ce matin je retrouve la seule amie fidèle qu’il me reste, la solitude du métro. J’essaie de faire le point sur ces quelques jours volés, loin de Paris, loin de lui. Depuis le retour des vacances, mon Ange cloisonne. Nous ne parlons plus de sentiments, seul le quotidien nous permet d’avoir des conversations un peu calmes. Mais moi, j’ai du mal à cloisonner car je n’ai qu’une seule vie, celle où tu es le centre du monde, le repère de mon désert.

Ce fut pour moi un week-end de larmes secrètes et de sourires offerts. Les gestes de tendresse de mon Nico ont facilité le double jeu que je mène tant bien que mal. Sans elle, je deviens autiste. Je pars marcher dans la campagne et me retrouve systématiquement dans le petit cimetière où Serge et Julien sont enterrés. J’ai mon casque sur les oreilles et j’écoute en boucle le dernier album de Francis Cabrel. De temps en temps j’alterne avec Brel, Barbara et Jean-Louis Aubert. Je reste assise sur une grosse pierre et je fume. Une ou deux cigarettes…ou plus. Je ne sais pas pourquoi je fais cela. Est-ce pour la laisser seule répondre à ces incessants SMS ou si je me suis créée un espace de liberté dans lequel je n’ai pas à faire semblant ?