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14.05.2008
Mercredi 14 mai 2008 21h30
Je suis descendu du RER aux Halles vers 18h15 en faisant comme si je ne savais pas où j’avais décidé de me rendre. Il pleut quelques grosses gouttes espacées, abandonnées par le violent orage qui vient de déverser sa rage sur Paris. « Châtelet-Les Halles » « Beaubourg ». Je traverse les espaces piétonniers sans presser le pas, les poings serrés au fond des poches et je me force à ouvrir grand les yeux. La pluie à fait fuir les touristes (pas si nombreux) à l’intérieur des bars et des fast-food qui jalonnent mon trajet. Quelques couples et familles se sont mis à l’abri des arbres maintenant touffus de la Place des Innocents. Ce ne sont que quelques gouttes, les irréductibles et les rebelles, qui s’acharnent à vouloir faire peur aux étrangers qui veulent en avoir pour le moindre cents de leur voyage à Paris. Tout est organisé depuis si longtemps et sur si peu de jours ! Et puis il y a les autres, les comme moi ou les vrais paumés, les SDF sous les porches, les parisiens pressés de retrouver la protection d’un métro ou d’un appartement, les vendeurs de n’importe quoi assis devant Beaubourg, quelques jeunes désœuvrés et qui n’ont nulle part où se retrouver, loin des adultes, des contraintes et de leur vie qui coincent dans leur carapace encore trop étroite. Moi, j’ai toujours aimé la pluie, le vent qui sont des alliés de toujours : où que je me promène, je les retrouve, je les guette avec un peu d’agacement parfois mais avec quelle plénitude ! C’est avec eux que je dialogue quand je suis seule dehors. Je m’arrête, j’ouvre les bras et les laisse m’envahir, me posséder. Depuis toujours.
Quelques jeunes manouches, des filles et un garçon, continuent d’accoster les passants, en dilettante, sans vraiment croire que l’un d’eux ouvrira son porte monnaie pour en sortir une pièce ou deux. L’habituelle effervescence de ces lieux est suspendue, un effet conjoint de la météo et de cette heure de la journée, charnière entre le jour et la nuit, entre le travail et le plaisir de retrouver la protection d’un chez-soi. Je suis seule dans ma bulle musicale et dans ma ville.
Mes deux pieds me font entrer dans le Centre Pompidou, musée que j’ai vu se construire et qui était un des lieux de rendez-vous de mon adolescence. Il n’y a presque personne devant les guichets et j’hésite un moment à prendre une entrée pour l’exposition « Louise Bourgeois ». Mais je repars sans me décider. J’essaie d’apprendre de nouveaux mécanismes de fonctionnement. Pas de regard complice suivi d’un « on y va ? » de cet autre avec qui on partage une émotion, des interrogations. Je ne sais pas faire sans Elle, sans ailes ; il faudra bien que j’apprenne. Je reprends mon chemin. Rue de Rambuteau, rue du Temple, rue Sainte Croix de la Bretonnerie. Je croise des hommes et des femmes sous cette fin de pluie d’orage qui dure. Je les observe en douce, les évalue d’un coup d’œil rapide. Je suis en chasse mais je ne sais pas comment faire, pas l’habitude et surtout pas vraiment envie. Rue Vieille du Temple : mon chez moi de toujours. Rue des Rosiers : le chez nous de nos débuts. Et la seule présence qui m’accompagne ce soir est celle du vide et du néant : Elle n’es pas avec moi.
Aucun bar ne m’a tenté et il est dix neuf heures quarante cinq. Rue des Ecouffes et ses deux cafés lesbiens. Des filles fument devant l’un d’entre eux. Je passe à côté, hésite vaguement puis je continue ma route. Impossible de me transformer en ce que je ne suis pas. Peut-être une fois prochaine. Je rejoins le métro Pont Marie et je rentre épuisée à la maison dans laquelle Elle n’est pas. Je reviens chez nous ; je pleure.
21:33 Publié dans Carnet de solitude | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ecriture



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