28.05.2008

Mercredi 28 mai 2008 8h30

Depuis la dernière crise d’il y a dix jours j’ai l’impression, de plus en plus, d’apercevoir de la lumière tout au bout de mon tunnel. Je me sens plus calme, moins dépressive. Notre relation profite incontestablement de la modification de mon comportement. Ce n’est pas seulement un statu quo, un double jeu que j’aurai réussi à développer. Non, je suis sincère. Marie-Annick m’a forcée à ouvrir une porte que je maintenais soigneusement close. Elle m’a poussée à explorer le pays dangereux de la jalousie extrême et à affronter tous les dangers. Je ne crois pas m’en être sortie mais, déjà, le chemin est plus clair et je commence à reconnaître la configuration de cette contrée, à savoir où ne pas mettre les pieds. Eviter à tout prix de les poser sur un terrain miné ou dans des sables mouvants. Je suis seule, toute seule, personne pour me lancer une corde et me sortir de cette galère. C’est contre mes peurs que je me bats pas contre toi, mon amour, jamais ! Pour que tu m’abandonnes, que tu ne m’aimes plus ? Jalousie infantile dont je n’ai jamais eu conscience. Je suis la cadette de six enfants et je n’ai aucun souvenir de la façon dont j’ai vécu la naissance de mes quatre frères et sœurs. Evacuation des douleurs et des blessures, forclusion miraculeuse qui disparaît brutalement aujourd’hui. Non je ne suis pas l’unique, la préférée. Je n’ai rien d’exceptionnel même si un jour j’ai été distinguée de la masse par ton amour. J’ai respiré avec toi l’air pur et raréfié des plus hauts sommets. Il épuise mais grise tous ceux qui y goutent.

Et maintenant ? Je vais juste essayer de ne pas te peser dans ce que tu vis avec Serge. Je veux te donner véritablement tout l’amour que j’ai en moi et, ce don, passe par ce que tu vis en dehors de moi. C’est comme cela qu’il prend tout son sens. De mon côté je vais essayer de vivre, de me nourrir d’expériences nouvelles. Il n’est plus question que je me laisse aller à écouter les démons. Aller piquer en dehors de nous des forces dans des rencontres, des sorties. Déjà mon rendez-vous de vendredi soir me trouble et me permet de sourire et de rire avec mon ange. J’ai l’impression de transférer ce surplus d’amour qui, pour l’instant, ne reçoit aucun écho à la maison. C’est peut-être cela mon problème, trop d’amour, beaucoup trop pour arriver à vivre que mon réceptacle, mon unique vasque n’en n’accepte plus la totalité. J’avance dans ma tête mais j’ai hâte de pouvoir partager avec Anne la semaine prochaine.

Je relis « L’insoutenable légèreté de l’être » de Milan Kundera. C’est le livre qui colle à mes préoccupations du moment. Un de ces constats à trait à l’impossibilité pour l’être humain à s’appuyer sur l’expérience pour diriger sa vie. Chaque moment est unique irréversible. Nous n’avons ni le moyen de retourner en arrière ni celui de comparer objectivement deux situations. Aujourd’hui je fais des choix mais je ne peux pas savoir avant de les vivre, ce qui en ressortira. Bon ou mauvais, on verra bien. Ma seule liberté est de pouvoir les faire, de ne pas rester passivement, immobile en attendant que d’autres choisissent pour moi.

21.05.2008

Mercredi 21 mai 2008 8h30

Blocage mental. Je refuse de vivre cette journée passivement, l’esprit tourné vers mon âme sœur, demi sœur depuis trois mois. Les cauchemars qui m’ont réveillés deux fois en deux heures cette nuit me suffisent pour exprimer mes angoisses d’abandon et de perte.

J’essaie d’adopter la « bonne » distance avec mon Ange : pas trop près sinon elle le vit comme une pesanteur, une pression poisseuse dont elle veut s’éloigner ; pas trop loin pour éviter le dérapage et la pétrification glaciale qui fragilise un peu plus nos cœurs. Un peu d’attention mais pas trop. Dernier espoir d’équilibre et, pourquoi pas, d’un retour (pas immédiat du tout mais retour peut-être). Ce matin, c’est spécialement pour elle que j’ai choisi mes vêtements ; pantalon noir et chemise blanche qu’elle m’a offerte à Angers il y a dix jours. Par-dessous, des sous-vêtements raffinés. J’ai mis autour du cou un beau collier rouge ethnique (un de ces cadeaux encore mais beaucoup plus ancien). En la quittant ce matin, sortant de son bain, elle a remarqué le soin apporté à mon apparence et, pour répondre à une interrogation de son regard, je lui ai précisé avec un vrai sourire que ce n’était pas pour elle. Bien entendu, je n’ai aucune arrière pensée, pas envie de séduire qui que ce soit d’autre à part elle. Peut-être que cela lui permettra de passer une après-midi plus détendue et, ce n’est pas impossible, une soirée agréable pour nous deux.

Son corps me manque, son sourire et ses doux encouragements quand elle fait monter mon plaisir par ses caresses expertes me manquent aussi. J’en veux encore de ces communions, de ses soupirs satisfaits, de nos fous rires qui parfois les accompagnent. J’en veux encore de ses mains sur mes cheveux quand, allongée entre ses cuisses, elle m’indique subtilement le rythme de ma langue sur son sexe, la fréquence des allers retours de mes doigts dans son ventre. J’en veux encore du partage, du don d’amour, de la vie…

20.05.2008

Mardi 20 mai 2008 8h45

Le fond de la piscine ! J’ai glissé jusque là hier. Finalement c’est moi qui refuse d’avancer, qui bloque la fluidité de mes relations quotidiennes avec mon Ange. Je dis toujours le mot qui fait basculer dans le néant ses tentatives de rapprochements ou de reconstruction. Je ne peux m’empêcher de lui plonger le nez dans le merdier à quoi ressemble notre vie. Elle ne renoncera pas à lui, pas maintenant, mais mon attitude, mon refus d’accepter l’inacceptable lui facilitera notre séparation. ACCEPTER. C’est aujourd’hui que je dois donner le fameux coup de talon au fond de cet étang marécageux dans lequel je commence à me complaire. Je me prends pour Lamartine et Chateaubriand, poétesse et amoureuse maudite face aux éléments déchainés. Descendre de cette tour d’ivoire qui m’isole de la vraie vie, celle avec la femme que j’aime par-dessus tout et, quoique j’en dise, vit avec moi tous les jours. Je dois apprendre à vivre sans elle quelques semaines par an et arrêter de la torturer parce qu’elle les passe  avec un homme qui l’aime et qu’elle aime. C’est aussi de cet amour dont je dois nourrir le notre. La jalousie me ronge et je dois la tenir loin de ma vie, au-delà des frontières qui mettent en péril mon équilibre mental et physique. Je refuse de me laisser glisser dans une folie paranoïaque et mortifère. Sortir de cette spirale infernale et retrouver le soleil. C’est le printemps et il a du mal à s’imposer. Je suis l’hiver qui refuse de s’en aller ou, du moins, de se fondre dans la chaleur qui pointe le bout de son nez. Je dois renaitre en abandonnant dans un coin de ma tête cette vie qui était juste la notre, pour avoir les yeux et le cœur à celle qui se dessine. Avoir le courage de dire « oui ». Je veux te suivre jusqu’à mon dernier souffle, mon dernier regard sur toi, mon premier et mon dernier bonheur. Je ne veux plus de ces déchirures, de ces pleurs, de nos déchainements entament nos patiences et nos forces.

 

19.05.2008

Lundi 19 mai 2008 8h30

Trois mois depuis leur première rencontre, depuis le moment où mon Ange a volontairement choisi de me trahir. J’écris ces mots mais ils n’ont aucun sens pour moi. Je dois être en train de lire ou d’écrire un mauvais roman ; je ne suis pas un de ces personnages pathétique et naïf qui voit, autour de lui, son monde partir en poussière. Je ne suis pas ce pantin qui agit exactement comme il ne devrait pas afin de tenter, avec un minimum de chance d’y arriver, de sauver un peu plus que les meubles. Mais, à y regarder de plus près, il existe tant de ressemblances et j’en ressens si violemment les souffrances qu’il doit y avoir plus qu’un lointain rapport .Je rate tous mes plats, mes tentatives de rapprochements et même mes velléités de révolte. Je suis nulle, un encore trop gros zéro, une boule de pétanque à la fois lourde et vide. Je ne supporte plus ces tensions, ces larmes et ses insomnies. Plus envie de revenir juste me cacher dans un trou pour attendre que la douleur disparaisse. Ça finira bien par arriver un jour.

Je vois bien que mon Nico fait des efforts. Hier après midi elle n’a pas pris son portable lorsque nous sommes allées nous promener à Paris.

16.05.2008

Vendredi 16 mai 2008 8h45

Je n’arrive plus à partir de la maison, le matin. Lassitude mêlée de l’envie physique de ne pas te quitter. Cette nuit j’ai dormi d’une traite, pas de réveil brutal, d’imagination qui s’emballe ni de larmes incontrôlables. Je ne m’habitue pas à cette trahison mais je commence peut-être à accepter que, pour le moment, je ne puisse rien faire d’autre que d’attendre. On verra bien puisque aucun jour ne ressemble à un autre sauf cette douleur lancinante qui ne lâche rien depuis trois mois. Je suis physiquement affaiblie. Je viens de perdre quinze kilos en trois mois et les dix premiers en quinze jours ! Mon Ange trouve que ça me fait du bien ! C’est de l’humour sans doute ? Mais non, elle est sincère mais à quoi cela peut servir si ce n’est pour la séduire et qu’elle continue à m’aimer ?

J’ai passé la moitié de ma vie avec et pour elle en m’oubliant avec un bonheur inespéré. Je reviens toujours à ce chiffre : vingt trois. Je l’ai rencontré à vingt trois ans et je l’aime depuis autant d’années. Et Julien, son grand et beau Julien, que j’ai aimé, suivi, materné mais pas comme une mère, ce garçon qui parfois m’agaçait ou m’exaspérait par son apparente assurance et l’arrogance de son regard, ce Julien là s’est écrasé contre un arbre l’année de ses vingt trois ans. Hasard et coïncidence ou rendez-vous inscrit d’avance ? Hasard ! La seule réponse que je m’autorise pour ne pas briser la faible étincelle de l’espoir. Rien n’est écrit sinon à quoi ça sert de vivre ? Tout es à construire. Toujours.

 

15.05.2008

Jeudi 15 mai 2008 17h00

Il y en a eu des dimanche après-midi chez toi. Des promenades aussi à t’entendre me raconter ton enfance et ta jeunesse, tes amants passés et actuels. Tu m’as dis combien tu avais été désarçonnée par les avances d’une collègue de Serge. Tu les as repoussée sans violence mais avec fermeté. Cette histoire avait un sens pour toi lorsque tu me l’as retracée ; tu avais perçu cette attirance que tu exerçais sur moi et que j’étais incapable de qualifier d’une façon si terre à terre. C’était déjà, larvée, ton désir de moi. Je t’écrivais, tu me répondais. Nous construisions un jeu de séduction mutuelle et si enivrant. C’est cette odeur là, ce plaisir que tu échanges maintenant avec le nouveau Serge. Je la connais cette subtile ébriété des sens et de l’intellect qui renverse tout autour de toi et qui éloigne de la réalité : à trente ans c’est nécessaire, à cinquante c’est vitale.

Pensée du jour n°7

 « Oser et faire. Il est plus facile de demander le pardon après, que la permission avant »

Grace Hopper

14.05.2008

Mercredi 14 mai 2008 8h30

Pas d’ouverture du festival de Cannes avec mon amour ce soir. Pas de commentaires acides ou enthousiastes sur les stars montants le grand escalier recouvert d’une moquette rouge encore étincelante. Une nouvelle « petite mort » en attendant de voir défiler les suivantes. Marie-Annick ne sera pas là pour cause d’un vernissage dans les Chais de Bercy avec son âne bâté. Je ne peux pas passer le reste de ma vie à m’effondrer en larme, à me battre contre son amoureuse volonté. Tous ces jours m’ont laissé sur le carreau, « gueule cassée » d’une guerre à laquelle je n’étais pas préparée. Alors, je vais reprendre le combat mais en me défilant, en allant voir ailleurs si l’herbe est vraiment plus croquante à coté. Désertion ou collaboration. Je vais aller chercher de l’air frais, plus riche en un oxygène reconstructeur, un séjour dans un sanatorium pour lutter contre les dégâts de ces gaz respirés dans les tranchées de notre amour. Pendant ces errances, j’écrirai encore mais d’une autre manière, un « carnet de solitude » que je pourrai peut-être partager un jour avec mon Nico.

Ce soir, j’ai choisi d’aller dans notre quartier d’attachement, le Marais. J’irai prendre un café ou un verre dans un bar de préférence lesbien. Je ne sais pas si j’ai fait ce choix en espérant rencontrer quelqu’un à qui parler ou à écouter avec une attention toute particulière, celle d’une femme qui aime les femmes. Plus certainement je resterai assise à une table à observer, éternelle spectatrice d’une vie dont je me suis toujours sentie en retrait, à la marge. Mon ange est actrice de sa vie et le clame haut et fort. Le spectacle qu’elle me donne à voir me dérange, me perturbe et me fait peur mais pas de numéro à appeler pour éliminer de ma réalité le mauvais candidat : pour faire sortir le nouveau Serge, tapez le 1, le 2, le 3…etc. Il n’existe pas de touche sur mon téléphone pour le garder dans la compétition. La voix délirante et sensuelle de Tom Waits accompagne mes divagations matinales. J’ai quarante six ans mais je n’ai pas fini ma croissance. C’est moi l’adolescente attardée, infantile et narcissique et, aujourd’hui, je dois grandir instantanément, déplacer mon centre de gravité affectif. C’est beaucoup trop pour une seule et première fois !

13.05.2008

Mardi 13 mai 2008 18h00

Samedi j’ai appelé Anne à Grenoble. J’ai tellement besoin de parler de toute cette histoire à quelqu’un de confiance ! Elle m’attend le week-end du sept juin. Je l’ai sentie à l’écoute et ses paroles me permettent de me poser d’autres questions. Dois-je accepter même l’inacceptable ? Dois-je tout tolérer sans mettre de limites ?

Hier en rangeant la maison avant notre retour, les images les plus pourries se sont succédées. Nous avons changé les draps de notre lit et c’est lui qui dormira à ma place. Le lit est étroit et propice aux rapprochements des corps, mais les deux nôtres, Nico, pas le sien sur le tien. Tu as essuyée les poussières avant de recouvrir les meubles de grands linceuls blancs et roses. C’est pour lui que tu les ôteras afin de lui faire découvrir Notre maison, notre lieu de renaissance et d’énergie. Comment peux-tu vouloir tout piétiner ? QU’il crève encore et encore, qu’il crève maintenant, qu’il crève enfin !

Elle lui a envoyé par MMS chaque rose de nos rosiers, chaque fleur d’iris poussant devant la maison, chaque meuble de chaque pièce. Pense-t-elle au mal que chaque message me fait ? Est-elle seulement amoureuse ou totalement égoïste, juste préoccupée par son unique plaisir en n’essayant même pas de prendre un peu soin de moi ? Elle me dit qu’elle m’aime, qu’elle ne peut pas se passer de moi et je me transforme en paillasson sur lequel elle s’essuie les pieds avec application avant de faire rentrer chez nous ce grand con infantile et narcissique.

Mardi 13 mai 2008 9h30

C’est là, installée à demeure comme si elle était chez elle. Invitée permanente d’un sablier dont personne ne peut prévoir la fin. La fatigue lourde du corps qui ralentit tous les mouvements même les plus courants. La fatigue de l’âme qui empêche la réflexion juste et constructive. Je traîne des jambes et des idées. Je tourne en rond, prisonnière d’une cellule imaginaire. Pourtant la douleur est présente, plus ou moins fulgurante mais, elle aussi, a installé ses quartiers d’été au fond de moi.

Ce matin je retrouve la seule amie fidèle qu’il me reste, la solitude du métro. J’essaie de faire le point sur ces quelques jours volés, loin de Paris, loin de lui. Depuis le retour des vacances, mon Ange cloisonne. Nous ne parlons plus de sentiments, seul le quotidien nous permet d’avoir des conversations un peu calmes. Mais moi, j’ai du mal à cloisonner car je n’ai qu’une seule vie, celle où tu es le centre du monde, le repère de mon désert.

Ce fut pour moi un week-end de larmes secrètes et de sourires offerts. Les gestes de tendresse de mon Nico ont facilité le double jeu que je mène tant bien que mal. Sans elle, je deviens autiste. Je pars marcher dans la campagne et me retrouve systématiquement dans le petit cimetière où Serge et Julien sont enterrés. J’ai mon casque sur les oreilles et j’écoute en boucle le dernier album de Francis Cabrel. De temps en temps j’alterne avec Brel, Barbara et Jean-Louis Aubert. Je reste assise sur une grosse pierre et je fume. Une ou deux cigarettes…ou plus. Je ne sais pas pourquoi je fais cela. Est-ce pour la laisser seule répondre à ces incessants SMS ou si je me suis créée un espace de liberté dans lequel je n’ai pas à faire semblant ?